08/09/2010
 
 
 

Stratégie de coopération internationale du Conseil Général 67

03/07/2009 | Europe

J’aimerais revenir sur les orientations politiques de notre collectivité en matière de coopération internationale en lien avec le concept de Région Métropolitaine Trinationale.

Je retiens parmi les objectifs poursuivis celui « d’accroître la pertinence et la lisibilité de la politique départementale de coopération internationale » ainsi que celui de « contribuer à la construction de l’Europe ». J’ai également été sensible à la priorité accordée à la jeunesse à travers des « actions axées sur la rencontre interculturelle ».

Nous partons d’un constat amer : note jeunesse est moins bien lotie, moins bien armée que nous ne l’étions nous-mêmes, avec ceux de notre génération, pour la rencontre interculturelle, ou pour des projets professionnels dans le périmètre trinational de l’Oberrhein. Et cela parce qu’elle ne parle plus sa langue régionale qui est aussi celle de ses voisins, Allemands et Suisses, mais aussi Autrichiens et Luxembourgeois.

Cela se traduit d’ailleurs déjà douloureusement dans le Sundgau par la forte chute du nombre des emplois dans la région bâloise jusque là accessibles aux jeunes Hauts-Rhinois.


Pour que la synergie transfrontalière et pour que cette entité trinationale soient réellement efficientes, il nous faut reconquérir cette parenté linguistique qui nous relie au même titre que le Vater Rhein.

La Conférence du Rhin Supérieur

« La Conférence du Rhin Supérieur est le seul organe de coopération institué officiellement par l’accord interétatique F/D/CH de Bonn (1975) couvrant l’ensemble de l’espace Rhin Supérieur et la seule instance au sein de laquelle toutes les thématiques de la vie courante peuvent être traitées. »

Il est urgent de tirer parti de la participation du CG67 aux instances de gouvernance de cette institution pour proposer une politique linguistique innovante, à l’échelle transfrontalière. Le rapport pointe notre absence sur des thématiques essentielles comme précisément l’éducation/formation et la culture. Le CG 67 est attendu sur des actions novatrices, « sur une logique proactive de projets ». Faisons de la reconquête du lien linguistique et culturel un objectif prioritaire.

Un article récent des DNA rappelle qu’en Alsace nous manquons d’enseignants capables d’enseigner en allemand dans les classes bilingues. Ce qui constitue bien évidemment un frein sérieux à l’expansion de l’enseignement bilingue, pourtant déjà en deçà des attentes et des objectifs fixés. Une situation à la fois aberrante et terriblement triste dans une région naturellement et historiquement germanophone tout autant que francophone. Quand on songe que, quelques années en arrière, la majorité des gens ici passaient sans problème d’une langue à l’autre, d’un pays à l’autre… C’est un atout dont nous avons profité. Nos enfants en sont privés.

Pour assurer un enseignement linguistique efficace, il est urgent de promouvoir la circulation des enseignants et de faciliter les échanges de professeurs d’une rive du Rhin à l’autre. C’est le moment d’imaginer et d’imposer à l’Education Nationale un dispositif novateur qui sera porté par la Conférence du Rhin Supérieur et qui permettra à des étudiants allemands et suisses de se présenter à égalité de chance aux concours français. Et réciproquement. C’est le moment de lever certains verrous. Notamment en autorisant les candidats à concourir dans la langue qu’ils enseigneront aux élèves, pour toutes les épreuves qui s’y prêtent (exemple : math, histoire et géographie, biologie, etc.).

Monsieur le Président, dans un courrier cosigné avec le Président du CG 68 et le Président de la Région, adressé au Ministre de l’Education, Xavier DARCOS, le 23 février 2009, vous le formulez sans équivoque :

« L’Alsace, vivier national de germanistes dans les années 1970 à 1990, n’arrive plus à répondre à ses propres besoins pour l’enseignement de sa langue régionale ; l’allemand. Si l’emploi, l’économie, le tourisme en Alsace en souffrent déjà fortement, il ne s’agit sans doute que d’un début…

»Pourtant, nous possédons à proximité – en Allemagne, en Autriche – des locuteurs natifs de la première langue européenne, l’allemand, qui est aussi la forme standard de la langue régionale en Alsace.

»Un aménagement avec une orientation plus fortement linguistique de la maquette du nouveau concours spécial de professeur des écoles « langue régionale d’Alsace » permettrait d’attirer des candidats d’Outre-Rhin, aujourd’hui exclus par la part trop réduite de l’allemand dans les épreuves.

»Une solution serait d’autoriser à l’avenir le choix le la langue (français ou langue régionale) pour les différentes épreuves dont la langue n’est pas spécifiquement définie par la réglementation du concours. Il serait très souhaitable que la moitié des épreuves ‘et des coefficients) puissent ainsi se dérouler en langue régionale d’Alsace… »

Ceci constituerait une piste sérieuse et concrète pour atteindre les objectifs fixés : construire l’Europe, contribuer au rayonnement européen du Bas-Rhin et faciliter la coopération économique et touristique. De plus en plus, aussi bien les investisseurs économiques que les touristes germanophones rechignent à venir chez nous, freinés par la barrière linguistique que nous avons laissée s’ériger.

Soutien à la francophonie

Quant au soutien à la francophonie qui est posé comme action significative dans notre stratégie de coopération, je m’interroge. Je ne vois pas de quelle mission particulière le Bas-Rhin pourrait être chargé par rapport à la francophonie, plus ou mieux qu’un autre département français. A moins de vouloir illustrer la francophonie triomphante, le « français c’est chic » qui a terrassé ses langues régionales...

Non, il y a mieux à faire que de s’inscrire dans une posture défensive par rapport à une langue nationale menacée par l’hégémonique anglophonie. Il me paraît plus porteur, plus dynamique de faire la promotion d’une langue et d’une culture française forte de ses langues et cultures régionales. Le Bas-Rhin pourrait avoir l’ambition de piloter cette entreprise dans le cadre de sa politique internationale.

La spécificité du Bas-Rhin, même si elle est en péril, c’est son bilinguisme – français/alsacien et français/allemand -, un bilinguisme qui mène aisément au multilinguisme. La promotion du Bas-Rhin – et de l’Alsace plus globalement – mieux qu’à travers la défense de la francophonie, aura plus de sens si elle s’appuie sur son bilinguisme naturel.

Comme ce bilinguisme est en perte de vitesse, il serait pertinent de le réactiver en cherchant des partenariats avec des pays ou des régions européennes qui jouissent également d’une double culture. Je songe au Luxembourg, pays officiellement bilingue, aux provinces italiennes du Val d’Aoste francophone et du Südtirol germanophone et à la Silésie avec laquelle nous entretenons un partenariat depuis 1998 et où se maintient une communauté germanophone. Pourquoi ne pas mettre en réseau toutes les régions bilingues, en vue de faire la promotion d’une ouverture culturelle réellement porteuse d’Europe ?

Des échanges sur les pratiques et l’enseignement linguistiques nourriraient une nouvelle approche européenne, vraiment innovante et enfin efficace.

Assurer la survie et la promotion des langues régionales et minoritaires est certainement le meilleur service à rendre à la francophonie, qui, quoi qu’on dise et fasse, ne pèse pas lourd à l’échelle mondiale face à la langue utilitaire prétendument de référence qu’est l’anglais, mais également face à ces autres langues qui vont s’imposer en raison du poids de leurs populations.

Pour conclure : exportons notre francophonie, d’accord. Mais importons en échange et réactivons chez nous notre germanophonie. La cause est tout aussi légitime. Elle est nécessaire dans l’intérêt de nos enfants.

Le Rhin fait lien, les langues ne doivent pas faire barrage.

Intervention durant la session plénière du Conseil Général du Bas-Rhin le 22 juin 2009


 
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