05/09/2010
 
 
 

Conseil Général - Assemblée plénière 29 mars 2010

30/03/2010 | rubrique: Bilinguisme

Soutien à la langue régionale.
Je m'inquiète de la lenteur de la mise en oeuvre des décisions prises à l'unanimité par notre assemblée en décembre 2007. E làngi Leitung. Il devient urgent d'activer les choses. Je pense notamment à la formation de nos agents à l'alsacien. Il ne faut pas faire attendre plus longtemps la 50aine d'agents qui ont exprimé un besoin de formation en lien avec leur souci - qui les honore - de mieux communiquer avec les usagers et d'améliorer la qualité de l'accueil.

Notre collègue jean-Daniel ZETER assure des cours d'alsacien à la Maison de l'Alsace à Paris. J'ai moi-même pris contact avec l'OLCA pour être formée à l'enseignement de l'alsacien et me mettre à la disposition des agents de la Maison du Conseil Général de Bischheim qui souhaiteraient apprendre notre langue régionale.

Ainsi que cela est rappelé dans le rapport, notre assemblée émettait en décembre 2007 un "voeu fort" auprès du gouvernement en faveur de la mise en oeuvre de certaines des dispositions prévues par la charte européenne de slangues minoritaires et régionales. Est évoqué le courrier adressé début 2008 par le président du Conseil général au 1er ministre et qui signalait la disponibilité des collectivités territoriales alsaciennes pour jouer un rôle dans la mise en place d'une véritable politique des langues régionales. Quelle réponse cette proposition a-t-elle reçue?

C'est une politique régionale de l'enseignement linguistique qu'il faut réclamer maintenant.

Nous faisons en effet le triste constat de l’échec de l’Éducation nationale à préserver la langue locale en Alsace. Malgré les engagements ou promesses des ministres successifs visant à promouvoir dans l’académie de Strasbourg un enseignement bilingue français / allemand, ainsi que la pratique du dialecte, le repli de l’usage de la langue locale se confirme d’année en année. Force est de constater que les conventions signées en matière d’enseignement bilingue, entre l’État d’une part, et les grandes collectivités territoriales d’Alsace d’autre part, n’ont pas produit les résultats attendus.

Le nombre d’enfants inscrits dans des parcours bilingues paritaires demeure dérisoire. Le recrutement de professeurs aptes à enseigner en allemand se heurte à une foule d’obstacles réglementaires. Les créations de nouveaux sites bilingues ne s’opèrent qu’au compte-goutte, alors même que la transmission du dialecte au sein des seules familles s’affaiblit. Le recul conjoint de la pratique dialectale et de la maîtrise de l’allemand se poursuit. Les lenteurs, les lourdeurs ou les rigidités de l’appareil du ministère de l’Éducation nationale ont leur part dans cet échec collectif.

Il n’y a pourtant pas de fatalité. Bien des pays en Europe ont construit des politiques publiques leur permettant de faire vivre un réel bilinguisme ou multilinguisme, et cela sans mettre en péril, loin s’en faut, l’enseignement des langues étrangères. Cela vaut dans la République de Finlande pour le finnois et le suédois, comme plus près de nous au Grand-Duché de Luxembourg où les enfants bénéficient d’un enseignement en luxembourgeois, en allemand et en français. La République italienne protège elle aussi le bilinguisme, tant avec l’allemand au Tyrol du Sud, qu’avec le français au Val d’Aoste.

Cet apprentissage de plusieurs langues s’avère une chance pour les enfants qui en bénéficient, une véritable ouverture à la diversité culturelle, à l’opposé de toute logique d’exclusion ou de séparatisme.

Une décentralisation de l’éducation s'avère nécessaire. Face à l’échec d’une gestion nationale, nous souhaitons que puisse s’instaurer une éducation régionale en Alsace. Notre souci n’est pas seulement de préserver une tradition. Il s’agit de faire bénéficier les générations futures alsaciennes, à partir de la connaissance des parlers locaux, d’une capacité à travailler à l’échelle du bassin économique du Rhin supérieur et d’une ouverture aux cultures du monde. Nous nous devons surtout de protéger le “patrimoine de la France” auquel appartiennent les langues régionales selon la rédaction de l’article 75-1 de la Constitution de notre République.

D’ailleurs, comme l’a souligné récemment (au Salon Expolangues à Paris) le délégué général à la langue française et aux langues de France, M. Xavier North, la place même de cet article au sein du texte constitutionnel, sous le titre XII relatif aux collectivités territoriales, signifie qu’il revient prioritairement aux Régions d’organiser l’enseignement de la langue régionale.

Par conséquent, nous demandons la mise en œuvre de cette éducation régionale en Alsace par la voie d’une expérimentation, telle que celle prévue par l’article 37-1 de cette même Constitution. Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause le contenu des programmes nationaux propres à chaque discipline.

L’expérimentation portera à la fois sur la détermination de la langue d’enseignement, afin de permettre la généralisation d’un bilinguisme paritaire, et sur le recrutement et la gestion de la carrière du corps enseignant exerçant en Alsace. Cette généralisation, qui figure au programme de la liste Alsace démocrate, répond d’ailleurs aux demandes fréquentes des décideurs économiques (en Alsace, les recruteurs exigent ou souhaitent la maîtrise de l’allemand dans 70% de leurs offres d’emplois).

Par une telle expérimentation, la Région pourra établir des concours ou des examens spécifiques, visant à recruter des professeurs aptes à enseigner en allemand. Cette liberté régionale de recrutement et d’adaptation de la gestion des carrières permettra de surmonter les carences actuelles. Elle permettra notamment d’offrir des chances égales aux enseignants germanophones, formés dans d’autres pays de l’Union Européenne ou dans la Confédération Helvétique.

Le contexte d'une symbiose politique renforcée entre les 3 grandes collectivités alsaciennes et le compte à rebours engagé vers la réforme des collectivités territoriales offrent un arrière-plan favorable à la mise en oeuvre d'une telle expérimentation.

Par honnêteté intellectuelle, je tiens à préciser que mon propos reprend les termes d'un courrier adressé lors de la récente campagne des Régionales par la list emenée par Yann WEHRLING au Ministre de l'Education Nationale.

Je vous remercie de votre attention.

 
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