08/09/2010
 
 
 

Haïti: charité mais aussi soutien politique

07/02/2010 |

A l'unanimité, le Conseil Municipal du 2 février 2010 a accordé une aide d'urgence de 5000 € pour Haïti, suite au tremblement de terre du 12 janvier.

Ce geste de soutien financier ne nous dédouane pas. Il ne doit pas être l'obole de circonstance, consentie sous la pression d'une actualité particulièrement tragique dont nous nous désintéresserons, dès lors qu'elle s'effacera des premières pages des journaux et magazines. Parce que le problème qui frappe la population haïtienne n'est pas conjoncturel, l'action humanitaire doit se doubler d'une action politique. La charité c'est bien, mais cela ne suffit pas à assurer des perspectives durables.

La vulnérabilité d'Haïti aux catastrophes naturelles, les pénuries alimentaires, la pauvreté, la déforestation, le manque d'infrastructures, la mauvaise qualité des constructions ne sont pas accidentels. Haïti est la nation la plus pauvre du monde occidental, car elle a été rendue pauvre, à travers notamment une dette extérieure qui l'étrangle.

A l'origine de cette dette, la France. En 1825 elle exigeait 150M de francs or de dédommagement de la part des anciens esclaves qui avaient renversé le pouvoir colonial et proclamé l'indépendance de leur île. Commençaient la spirale de l'endettement auprès des banques internationales et la paupérisation.

Actuellement la dette mulilatérale de Haïti s'élève à plus de 641M de dollars.

Comment peut-on tolérer, ou même simplement concevoir, que l'un des pays les plus pauvres sur notre planète puisse se voir réclamer de telles sommes? L'aide humanitaire est nécessaire et urgente. Cependant je propose que nous accompagnions le don consenti au nom des Schilikois par une démarche engageant le long terme. A cet effet, je propose que nous rédigions une motion adressée au chef de l'Etat en faveur d'une action de la France pour l'annulation totale de la dette.

Au lendemain du séisme, la France a annoncé qu'elle annulait sans condition les 58M € qui lui sont dûs. Je salue cette initiative qui honore notre pays. Mais la France peut aller plus loin et peser au sein du FMI et de la banque Mondiale, pour que Haïti puisse vraiment sortir la tête hors de l'eau et se reconstruire durablement.

Nous avons tous entendu l'annonce d'un nouveau prêt du FMI, de l'ordre de 100M€. Dans la situation de chaos qui règne actuellement à Haïti, il est indécent de parler de "prêt", de "remboursement" et d'"intérêt". On donne, un point c'est tout. On ne prête plus. Surtout lorsque l'octroi de ces prêts par les institutions internationales impose la contrepartie d'une mainmise néolibérale.

Une motion dans ce sens adoptée à l'unanimité du Conseil Municipal exprimerait notre souci d'assurer au peuple haïtien les perspectives d'une reconstruction durable.

Voilà en substance les temes de mon intervention dans le cadre de la délibération relative à l'aide d'urgence pour Haïti.

Malgré le soutien de l'ensemble des collègues de l'opposition, le Maire a refusé ma proposition de motion. Il a coupé court à tout débat, le jugeant hors ordre du jour. Pourtant il a cru bon de signaler que lui-même était présent aux rassemblements organisés par la communauté haïtienne de Strasbourg... Comme si cela l'exonérait d'une analyse politique de fond. Parade, charité sonnante et trébuchante. Suivisme et bonne conscience...

Par ailleurs, était à l'ordre du jour du Conseil Municipal du 2 février le principe de construction du "centre Sportif Est".

Parce que la séance avait débuté par quelques instants de silence en mémoire des victimes du séisme et que Haïti faisait l'objet d'un point spécifique de l'ordre du jour à travers le vote de l'aide financière évoquée plus haut, j'ai à ce moment-là proposé que nous accompagnions nos gestes de solidarité et d'empathie avec le peuple haïtien par l'expression symbolique et forte de notre respect pour sa culture et son histoire.

J'ai proposé que nous nous réservions la possibilité de nommer, le moment venu, ce futur "Centre Sportif Est" le Centre Toussaint Louverture, en référence au père fondateur de la République de Haïti.

Schiltigheim s'honorerait d'inscrire au fronton de ce nouvel équipement le nom de cet esclave noir affranchi qui s'est opposé victorieusement au colonialisme français, a aboli l'esclavage sur l'île en 1794 et mené le mouvement vers l'indépendance.

Toussaint Louverture a payé de sa vie son opposition au 1er Consul Napoléon Bonaparte: il meurt en 1803 au Fort de Joux, dans le Jura, moins d'un an avant la proclamation de la République indépendante d'Haïti.

Monsieur le Maire n'a pas même consenti à discuter mon idée... L'ouverture...!


 
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